Orc’idée les 11 et 12 février 2017 – EPFL Lausanne — SCRiiiPT

[ 11 février 2017 au 12 février 2017. ] Orc’idée est la plus grande convention de Suisse dédiée principalement au jeu de rôle. L’édition 2017 aura lieu les 11 et 12 février à l’EPFL (Lausanne). Cet article Orc’idée les 11 et 12 février 2017 – EPFL Lausanne est apparu en premier sur SCRiiiPT.

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#Cigogne, de Jean-Luc A. d’Asciano : l’interview !

impurs 1 seule“Cigogne, recueil de sept nouvelles aux liens subtils entre elles, parle de l’enfance, du poids de l’héritage, du rapport au monde et des manières de fuir la violence et la bêtise des humains.

Adolescente en rébellion contre une cigogne, enfant chamane découvrant les animaux d’un cirque, SDF un peu fou squattant une maison en ruine, frères siamois à la voix miraculeuse ou reclus schizophrène, tous ces personnages portent en eux une vision du monde critique, drôle et désenchantée.

Évoluant dans un univers à la lisière du fantastique, ils passent des alliances avec des figures tutélaires, d’étranges bestioles à plumes, à poils ou à peau.

Un univers enchanteur, mélange de réalisme très cru et d’onirisme ouvert sur l’amour de la vie.”


Que dire de plus ?

Jean-Luc A. (pour Agricolae) d’Asciano est écrivain, éditeur et Prince du dancefloor à ses heures (nocturnes) perdues. Les éditions L’Oeil d’Or, qu’il a fondées en 1999, sont une première introduction  à son univers, un moyen de faire connaissance avec le personnage, ses goûts, ses couleurs et ses nombreux violons (dont Jean Genet, à qui il consacre un essai en 2007)

Bref ; la parution toute récente de son recueil Cigogne chez Serge Safran éditeur est l’occasion rêvée de percer les sombres mystères latents sous le non moins sombre masque  de Jean-Luc A. (pour Auguste) d’Asciano.

Le pied.

Mais pour bien cerner les méandres et anfractuosités du Jean-Luc A. (pour Albert) d’Asciano Land, quelques questions s’imposaient…

Welcome on board !!

 ~ Pour entendre l’ensemble des propos ci-dessous sans fard et sans censure et de la bouche même dudit Jean-Luc A. (pour André) d’Asciano, retrouvez l’émission Salle 101 du 03 septembre ici ! ~


Commençons par le commencement : D’où viens-tu, où as-tu grandi ?
Je suis né à Lyon, mais j’ai passé les premières années de ma vie en Normandie avant que mes parents ne s’installent à Nantes vers mes 6 ans…

« Docteur en littérature et en psychanalyse ». Mais pourquoi ?
Pfffff… Parce que la psychanalyse permet de se débarrasser des casseroles (où du moins de bien cuisiner dans celles-ci) mais que je ne crois qu’en la fiction. Et comme dit Freud, Shakespeare et Dostoïevski ont un accès plus grand que la moyenne à l’inconscient – il dit cela un peu mieux que moi, et en allemand.

Question FMI : Quel(s) objectif(s) vises-tu en écrivant et quels sont tes indicateurs de réussite ?
Tout texte doit découler d’une nécessité, parler de quelque chose qui s’est incrusté, enkysté dans ma psyché. En faire une fiction permet de l’évacuer, mais cette fiction, du moins pour moi, doit vraiment dire quelque chose, sinon ce n’est que du style, et le style c’est trop facile. Le texte me semble réussi quand il développe une voix et un rythme qui lui est propre, et que sa fin est naturelle. Par ailleurs, s’il est impossible pur le lecteur de retrouver le « kyste » initial, ce n’est pas mal non plus.

Quelques impressions sur Cigogne : je te laisse réagir…

Cigogne, c’est comme un retable. C’est comme un tableau de Bruegel, avec la trilogie chamane au cœur tandis que le monde autour continue de vivre et de se raconter. Une histoire mêlée à d’autres histoires, qui se font écho.

La peinture allemande, mais aussi le Quattrocento, ont énormément marqué mon imaginaire. Avec en effet une obsession pour les retables, les diptyques et les triptyques. Je suis ainsi, sciemment, allé voir les 3 peintures de la Bataille de San Remano, de Paolo Ucello, dans trois villes européennes différentes. Et les peintures de Giotto, à mon sens, inventent la narration moderne.

Il y a ces thèmes qui sont au cœur de Cigogne. Le bestiaire. L’enfance. Le bras de fer entre le « faible » (Enfant, monstre de foire, clochard, schizophrène) et le monde qui s’impose à eux, tout autour ?…
En fait, mes personnages ne sont pas faibles, ce sont même des forts qui ont choisi une autre voie. Mon clochard des ronces possède quand même un couteau. De manière générale, je m’intéresse aux monstres qui ont réussi à rester dans une pénombre qui en fait les gardiens des faibles. Ce sont des primitifs, des sauvages, des incontrôlables. Par contre ; ils sont rarement, socialement, en haut de l’échelle.

Ce qui est très fort, c’est que tes protagonistes, alors même qu’ils ne sont pas en position de force, semblent être dotés d’un pouvoir immense sur le monde qu’ils modèlent au prisme de leurs rêves, de leur fantaisie, de ce qu’ils savent – veulent – être. Et c’est, au sens propre comme au figuré, magique…

Comme dit plus haut. Ils possèdent tous une capacité à la violence, ce qui n’est pas de la force, mais utilisent celle-ci pour aller ailleurs et ne pas être violent, ce qui est de la force. Et globalement, ils sentent les motivations des êtres et des choses qui les entourent. Ils ne sont jamais dupes des apparences, ni de leurs propres désirs, même pour les plus fous

Genre extra-lucides, donc ? Genre empathie émotionnelle + empathie cognitive poussées à bloc ?
Quelque chose dans ce genre là. Soyons clair, il n’y a aucune forme de paix ou de romantisme dans la folie, ni même dans la posture d’enfant doué ou surdoué. Mais disons qu’ils possèdent tous une empathie douloureuse (quoique certaine forme de folie implique l’absence totale d’empathie, ce qui est une autre histoire) avec ce qui les entoure, une manière de ressentit les choses sans le filtre de la raison. Après, certain de mes personnage ont quelque chose en plus, un mélange de sauvagerie (qui est une forme d’empathie sans filtre mais non subie) et de grande intelligence, empathie cognitive si tu veux, qui leur permet de vivre avec cela. Des idées qui m’intéressent aussi dans des histoires de SF à développer, sans pour autant tomber dans du Théodore Sturgeon.

La magie, elle est aussi dans ta manière de dire les histoires. On dirait des rêves, pour la plupart, avec une fin abrupte parce que l’essentiel a été dit. Et ce n’est pas tant le schéma classique début-milieu-fin qui fait l’histoire, mais bien plutôt ce qui est donné à ressentir, ne serait-ce que durant un quart de seconde…

Toute création possède une part de chamanisme. Mais plus précisément, je m’intéresse à la porosité des êtres, porosités qui actuellement est souvent une forme de folie très noire, très trash, sans espoir. La fiction est un moyen de leur redonner un espace ou cette porosité du je ne conduis pas à la schizophrénie mais à une magie qui ouvre le monde. Quant à l’histoire du début-milieu-fin, c’est vrai que la notion de chute ne m’intéresse pas beaucoup, même si en soi j’en utilise. Si mon histoire répond à une nécessité, elle n’a pas besoin de déborder de son propre propos. Les fioritures sont inutiles. Et le quart de secondes, c’est celui de la lucidité. Un moment furtif, rare, fondamental.

Porosité : tu peux développer ?
Personnellement, je suis plutôt athée, avec une forte culture religieuse. Mais j’ai une belle anecdote familiale : mon père, flic, venait d’arrêter un prêtre vaudou qui avait conduit une de ses disciples à e jeter par la fenêtre. Elle disait que c’était les esprits qui l’avaient poussé, et lui, bien sûr, n’était pas dans la pièce. Pour mon père, cela n’avait pas d’importance, il l’avait coincé avec un truc juridique lié à la manipulation des personnes en état de faiblesse, et cela avait marché. Du coup, je lui avais demandé si, quand même, il croyait au vaudou. Il m’avait répondu que je posais mal la question : il croyait en l’efficacité de la croyance au vaudou. Que les esprits soient là ou pas, pour cette femme, cela revenait au même. Bon, la métaphore est complexe : la première porosité, c’est vraiment de ne croire en rien, comme auteur, mais rien, cela va dans les deux sens. Ensuite, mes personnages croient un peu en tout. Après tout, ils ne sont que des fictions situés dans ma tête, s’ils ont un peu de jugeote, ils doivent bien se rendre compte que tout est possible. Après, dans la vrai vie, j’ai vécu 30 ans avec un frère violemment schizophrène, nous faisant des numéros de délire en allemand fictif (il n’ jamais parlé une goutte d’allemand) digne de l’exorciste. Et ses glossolalies étaient incroyables. Évidemment que la schizophrénie a inspiré les croyances en la possession. Et que c’est une source d’inspiration pour toutes les formes d’arts qui parlent de fantastiques ou de spiritualisés. Mais c’est évidemment très troublant. Comment doit on regarder cela : comme un médecin ? Comme un frère ? Comme un prêtre ? Comme un économiste qui trouvent ces gens inutiles ? Comme un philosophe qui glose sur la part d’humanité ultime. il faut adopter tous les points de vues pour les regarder en entier. Comme face à un criminel : faut-il les regarder d’un point de vue moral, psychanalytique, religieux, chamaniques ? Prenons tous les points de vue. Mes personnages voient non pas les gens mais le monde selon tous ces points de vue. Ils le jugent comme des juristes, et pèsent le bine du mal selon l’éthique, puis deviennent chamans et parlent avec les démons et les morts qui influencent les vivants, puis sont philosophes et reposent la question du monde animal. Et toutes ces coexistences de point de vue les rendent poreux. Aux univers, aux modes de pensées, aux êtres, aux différentes manières d’appréhender la réalité.

Tes personnages, ils sont vivants ? Je veux dire ; ce sont de vrais gens, ou bien plutôt des « territoires » d’expérience ?
Selon les textes, les deux.

Cigogne, finalement, c’est de la poésie ou de l’autofiction ? ;
Les deux, là encore.

Mais ça ne te suffit pas, puisqu’il paraît que tu donnes dans la SF maintenant ?
Une SF d’anticipation ? Je ne sais pas. La SF permet deux choses, enfin au moins deux choses : travailler avec des personnages aux corps et psyché modifier, et évidemment de questionner la politique. J’ai autant peur du monde présent que des utopies, donc j’ai sans doute des choses à dire là-dessus. Et comme j’ai fait le deuil de devenir maitre du monde pour le changer il y a quelques années, je vais devenir maitre de mes mondes.


Changement de point de vue !

La maison de tes rêves ?
Un monastère avec son jardin au cœur et ses cellules empli de calme, avec une ambiance différente par cellule, dont certaines très luxueuses, voir franchement vénéneuses, et d’autres vraiment très très monacales. Au milieu donc, jardin très touffu, plein de chats et autres bestioles.

Le(s) tableau(x) dans lequel tu aimerais te balader ?
Giotto, Paolo Ucello, tout le quattrocento. Et quelques préraphaélites.

Ton mantra Poétique / littéraire ?
Borgès Melleville Banks Pratchett, Henry James & Kenzaburo Oé.


Le jeu des 7 questions ^_^


1 – Les livres, les films, les histoires qui ont bercé ton enfance ?

Le tombeau Hindou, Le Tigre du Bengale, les contrebandiers de Moonfleet, 20 000 lieux sous les mers ; puis, plus tard, Blade Runner – pour le cinéma. Pour les livres, c’est difficile à dire, c’est un continent entier : de 7 ans à 13 ans, je passais tous mes mercredis et samedi après midi dans une bibliothèque, et lisais un livre par jour. Sans jamais en acheter un seul. Et sans différencier les genres ni les supports…

2 – Ton « rituel » écriture ?
Tout ranger, m’allonger, regarder le plafond pendant 4 jours, sortir pendant 4 nuits, puis écrire non-stop pendant 4 jours…

3 – Tes journées, ça ressemble à quoi ?
Trop chargé : faire l’éditeur, le libraire et l’auteur, c’est 2 métiers de trop.

4 – Ce que tu as toujours avec toi ?
Rien.

5 – Ce à quoi tu ne penses jamais ?
Probablement ma propre mort.

6 – Le monde en 2050 selon toi ?
J’y vais, je reviens dans 5 minutes et vous raconte.

7 – Tes projets dans les 20 minutes, 20 jours, 20 mois, 20 années à venir
Dans 20 minutes, sortir, dans 20 jours, avoir écrit une 50e de pages des Siamois, dans 20 mois terminer un recueil de nouvelles SF, dans 20 ans avoir cloner tous les chats avec qui j’ai vécu et embêter mes voisins avec eux.


Et pour conclure :

Ce que tu aimes :
Les autres

Ce que tu détestes :
Les autres


Cigogne, de Jean-Luc André d’Asciano ~ Serge Safran éditeur
En librairie le 5 mars 2015

ISBN : 979-10-90175- 28-0
Format : 12 x 18
Pagination : 184 p.
Prix : 16,90 €

« Chants magiques », Galerie Abrupt, Grenoble ~ du 1er au 30 octobre 2015

-5Mariette.

Un morceau de sa maison s’exporte à la Galerie Abrupt dans le cadre de l’exposition “Chants magiques”.

A cette occasion l’on retrouve sur le site de la galerie un extrait de l’interview de Mariette réalisée par mes petites mains à moi en mai dernier.

“Chants magiques” ou l’invitation au voyage : le plus beau, celui qu’on invente …

Chants magiques, ce sont des dessins, des installations, des sculptures.Des œuvres âpres, intimes. Une métamorphose du réel qui laisse au spectateur le champ libre pour aborder les rivages de ses propres secrets.

 

 

# Un regard en arrière # Edward Bellamy # Ed. Les forges de Vulcain

9782919176298-280x437Une utopie publiée deux ans après le massacre de Haymarket Square


Voilà, tout est dit.

Une utopie, si fait. Aux relents totalitaires, oh oui ! Tant il est vrai que les notions de spontanéité, de créativité, de “droit au délire” sont euh… peu mises en valeur, voire inexistantes, nous offrant la vision d’une société lisse et parfaite,si parfaite, trop parfaite… (le propre des utopies, n’est-il pas :p )

Mais un livre audacieusement rédigé dans la foulée des évènements de 1886 à Chicago (à l’origine de notre 1er mai), et qui place au cœur de son message la fraternité, l’égalité, le droit pour chacun de vivre heureux et décemment en tant que membre de la communauté humaine. L’exact opposé, en somme, de l’image du “Banquet de la nature” selon Malthus, si bien ancrée dans les esprits de l’époque…et qui persévère peut-être un chouïa encore aujourd’hui ( no comment ).
Sans compter des idées bien avant-gardistes sur le statut des femmes, assez étonnantes pour l’époque (avec leurs limites, hein, mais l’égalité de salaires, l’indépendance financière de ces dernières… c’est tout de même très fort ! )

Parfois, on a besoin de littérature pour survivre et continuer de croire que vivre ensemble a – aura – encore un sens.

Une utopie à (re) découvrir et à lire en parallèle de La Bombe de Frank Harris (1908 et traduit pour la toute première fois en français aux éditions de La dernière goute par Anne-Sylvie Homassel), du Talon de fer de Jack London (1908) et de La jungle, d’Upton Sinclair (1905) pour en saisir toute la portée, dans un contexte historique crucial pour les droits sociaux.

Pour en savoir plus : l’émission Salle 101 du 16 avril 2015


A.A..A...A....

 


# La liquidation # Laurent Cordonnier # Ed. Les Liens Qui Libèrent

LiquidationUne mise en scène orwellienne hyper-réaliste de notre société.

En bonus : un décryptage des plus cynique sur la place de l’individu aujourd’hui, demain…


“La liquidation” aurait tout aussi bien pu s’appeler “La manipulation”. Ou “La dépossession”. Tout est question de point de vue. De l’observatoire depuis lequel on se place pour lire, projeter, ressentir l’univers dystopique que nous offre ici  l’économiste Laurent Cordonnier.

La liquidation, on en a parlé lors de l’émission Salle 101 du 28 mai 2015. La liquidation ou, dixit son auteur, la tentative de “(…) faire une transposition des thèmes de 1984 pour les appliquer à un monde qui n’était pas celui que voulait peindre et dénoncer Orwell.” (Cf. l’excellente interview de l’auteur par la revue Ballast)
Clin d’œil de circonstance, puisque la Salle 101 désigne la salle de torture imaginée par Orwell dans 1984. Nous sommes en famille, tout va bien. Et, ce qui ne gâche rien, nous sommes parfaitement dans la ligne directrice de l’émission tant scandée par Raoul Abdaloff (je plaisante, voyons, Raoul), notre Saint-Patron à tous, geeks, SFeux et anar de tout poil (je plaisante moins). Avec ceci toutefois comme particularité que le taf quotidien de Laurent Cordonnier, c’est l’économie ; chercheur et enseignant, si fait ! Et pour parachever le tout, Maître Cordonnier fait partie du club trèshétérodoxe et controversé des Économistes Atterrés.
Que du bonheur à lire et à chroniquer, en somme : un “révolté” qui fait le choix de la SF pour dire et dénoncer ❤
Paske quoi qu’en dise Raoul, la SF qui dénonce, ça ne court plus les rues, de nos jours (et j’ai d’ailleurs le souvenir d’une cruelle expérience …)

Bref ; brisons là la polémique SF-ses origines-son devenir pour revenir au bouquin lui-même.

On en a parlé, disais-je, lors de l’émission du 28 mai dernier, et je ne vais pas répéter ce qui a déjà été dit. Juste rappeler que La liquidation,  c’est à lire, vraiment : relations humaines régies par la loi de l’offre et de la demande jusque dans leurs moindres recoins, suspens de A à Z et mise en tension du lecteur jusqu’à la dernière ligne, scenario rocambolesque digne des Monty Python (Cf. la mission James Bondienne de notre protagoniste Smithki envoyé en plein cœur des sables d’un désert de banlieue, dans un stade de foot désaffecté, pour récupérer une économiste victime d’un sévère burn-out. Le tout flanqué de l’Agent Smith et de son jumeau. Et de voitures noires à vitres teintées. Et de Talkies. Et de pétales de rose…).
Chouette livre à rire, à pleurer et à angoisser : la transposition 1984 => 2014 semble réussie.

Mais voilà ;  il est juste un point sur lequel je souhaitais revenir, parce qu’il ne me laisse pas tranquille :  à savoir la déresponsabilisation “consentante” et permanente de Smithki tout au long du roman.

Reprenons.

Smithki est un chômeur tout neuf. Pour éviter sa mise en liquidation par la banque et réintégrer le sweet and secure droit chemin, il est amené à accepter toutes les missions qui lui sont proposées par cette dernière, même les plus ouvertement douteuses en terme d’éthique, le tout moyennant finance et gains de points de confiance auprès de ses créditeurs. Objectif final : redevenir une entreprise responsable (oui, les êtres humains sont considérés comme des entreprises dans le monde de Laurent Cordonnier, et être responsable = être rentable.)
Parallèlement à cela, on a un Smithki qui tente de préserver son esprit critique et ses capacités de résistance au système via un quotidien truffé d’actions contestataires (engagement auprès du “Monde Entier”, dernier organe de presse indépendant et tout simplement existant, refus d’utiliser la climatisation, développement d’une coopérative de quartier autonome et communautaire “non profit” …).
Au final, nous avons un Smithki qui a tout du bon élève appliqué et consciencieux, tant dans ses actions visant à redorer son blason auprès de son conseiller bancaire que dans celles visant à préserver son indépendance (ou tout du moins à faire la nique aux autorités.)
On est également amené à penser que notre héros joue double jeu : être 100% “compliant” avec le système pour mener à bien ses entreprises personnelles. Pour mener à bien sa tentative d’exister en tant qu’individu, en quelque sorte, avec ses choix et ses réalisations propres.
Mais l’on se rend rapidement compte que tout n’est pas si clair dans la caboche de notre ami ; ainsi lorsqu’il éprouve comme un sentiment expiatoire et rédempteur à travailler comme un forçat pour se remettre  “en règle”, ou encore lorsqu’il passe par la case “maison de redressement” : soulagement de se voir enfin pris en main, à l’abri du moindre choix et des complications du monde extérieur.
Et dieu sait que le monde extérieur, du fait de la pression financière, des injonctions et missions paradoxales assénées par la banque, de la température avoisinant les 50° (réchauffement climatique oblige), de l’absence de véritables relations humaines (c’est à dire détachées de toutes implications financières), est à se taper la tête contre les murs :/

Et je me rends compte que je ne parviens pas à en vouloir à Smithki le déresponsabilisé-instrumentalisé, éternel premier de la classe suivant méticuleusement (et il est bien le seul) ce qu’il croit être les règles du jeu, victime de son éducation et de sa volonté de bien faire, et qui n’a pour le sauver que cet instinct viscéral à se revendiquer malgré tout comme être unique et autonome, hanté par l’idéal d’un possible affranchissement.
Je crois que c’est ce que j’ai attendu tout au long de l’histoire : ce moment où Smithki s’affranchirait, se délivrerait, proclamerait – mieux : provoquerait sa libération. Sa souveraineté ? Se revendiquerait envers et contre tout comme être humain vivant et pensant et agissant par lui-même. Briserait les règles, quoi.

Le hic, c’est que les dès sont pipés en 3D. En 4D. En 10D !

Naïfs ! Comment aurions nous pu imaginer qu’il puisse en être autrement ??

ATTENTION : SPOIL

Morale de l’histoire : que l’on se trouve du côté obscur de la force ou du côté des “rebelles”, c’est du pareil au même. Il y a d’un côté les sachants, et de l’autre les éternels exécutants, que l’on maintient dans l’ombre, et qui creusent au hasard de la nuit leur tunnel, comme des taupes, en pensant y voir clair comme au grand jour.
Sauf que le jour est réservé à une poignée de privilégiés.
A chacun son idée de ce qu’est le jour, me direz-vous. Certes, Smithki eut pu être heureux avec la réussite de sa coopérative, de sa vie amoureuse. La banque eut pu être satisfaite en doublant, triplant, quintuplant ses profits. Les rebelles eurent pu être heureux avec leur prise du pouvoir.

Mais ce qui demeure intolérable, c’est que le “jour” des uns repose sur la manipulation permanente du “jour” – ou de l’aveuglement, c’est selon – des autres.

Je ne suis pas sûre que l’on puisse être heureux (humain ?) en étant marionnette, même pour la “bonne cause”.

Je ne suis pas sûre que la cause puisse être “bonne” lorsqu’elle se trouve barricadée entre les mains d’une minorité de “sachants”.

Je suis fatiguée des camps qui se font la guerre par dessus la tête et la vie et l’humanité du reste du monde.
Marre des lendemains qui chantent pensés par une minorité, quelle qu’elle soit, au nom de l’intérêt général du plus grand nombre.

Cynique, très cynique mise en scène de l’individu dans la société que nous donne là à voir Laurent Cordonnier. Où l’homme est capital humain à la merci de ceux qui tiennent les rênes, réduit à ses compétences, sa flexibilité, sa santé, ses capacités productives, son temps de cerveau disponible, sa naïveté (par naïveté entendez sa foi en l’existence de valeurs morales telles que la justice, l’égalité, la loyauté …. : autant de “faiblesses” qui, paradoxalement, le rendent d’autant plus malléable, puisque ces valeurs sont autant de masques avec lesquels il est facile de jongler, autant de moyens pour manipuler…).

Et parce qu’il n’est plus que capital humain jusqu’au bout des ongles, aussi bien dans sa manière de se percevoir que dans le regard des autres, Smithski est relégué au rôle d’acteur passif (!), conditionné à subir, de A à Z. Et c’est à pleurer.

Seul espoir, seule “arme” restante : le doute. L’esprit critique. La foi en l’altérité vs la normalisation. La conscience, peut-être. En tous cas la conscience d’être un homme et non une machine à obéir, à complaire, à exécuter, à accepter tout et n’importe quoi.
Difficile pour un Smithki qui pratique l’auto-censure et fuit toute confrontation avec lui-même, parce que le doute, c’est le mal.

Seule utopie à poursuivre – puisque on en est décidément arrivé là : celle de la confiance, de la solidarité, des liens qui unissent les individus entre eux, vierges de tout jeu de pouvoir, de toute manipulation.
Compliqué dans un monde ou la “marchandisation des conditions d’existence” est la norme valorisée et intériorisée par tous.

Pour conclure

J’aurais aimé une fin où Smithki le pantin, Smithki le dépossédé aurait tout envoyé balader ; “Allez tous vous faire F***** !! “.
Au lieu de quoi on a un “happy end” deus ex-machina au goût bizarre. Une vraie fin  de comédie, un final à la Molière, tant il est vrai que “Le caractère du héros étant immuable (…) et la pièce n’étant conçue que pour mettre en lumière (les) comportements obsessionnels, aucune fin logique ne saurait constituer l’aboutissement d’un ensemble qui ne la prépare pas.” (1)

Et c’est tout l’intérêt du livre. On est dans de la dystopie pure, pas dans un roman initiatique ; à des années lumières d’un Titus Errant de Mervyn Peake. Sauf bien sur, et je l’espère, pour le lecteur …

Une petite citation de George Sand pour terminer en beauté ? La délivrance est enchaînée ; la consolation est impitoyable” (2)

Je vais m’en tenir là.

Mais autant dire que je n’ai pas fini de cogiter.

Merci Laurent Cordonnier !



Liens utiles

# La bibliographie de Laurent Cordonnier
# Le site de la maison d’édition Les Liens Qui Libèrent
# Lien vers l’interview de Laurent Cordonnier par la revue Ballast
# Qui sont les économistes atterrés ?
# L’émission Salle 101 du 28/05/15, avec la chronique de “La liquidation” (min. 27 )
# A propos de Titus Errant de Mervyn Peake

(1) : “Molière de A à Z” ~ http://www.toutmoliere.net/systeme-des-faits.html
(2) : In Consuelo, George Sand


# Chouettes People # Épisode 4 # Paul Toupet : le retour !

Photo Angel Roy

Photo Angel Roy

Il est de retour le 4 juin 2015 à La Cave Gallery.

Et Il a très envie que vous veniez jouer avec lui…


Le 22 janvier, Paul Toupet était l’invité de la Salle 101.

Du 4 au 24 juin 2015, il sera celui de La Cave.

Paul, mais également ses nombreux enfants-lapins : paske là, pour le coup, il y aura de la place vu que La Cave c’est pas vraiment une cave, mais une galerie d’art.
Contrairement à la Salle 101 qui n’est pas une salle de torture comme on le croit communément, mais bel et bien une cave (enfin un sous-sol, pour être exact).
Et non, que l’on ne se méprenne pas : les galeries d’art ne sont pas (toujours) des salles de torture.

Enfin à vérifier …

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Bref
: la nouvelle expo de Paul Toupet (et de Coco Fronsac, et de Steve Taniou, et de Numa Roda, et de Jim Skull …) est un excellent prétexte pour ressortir les archives du placard et vous révéler tout ce qu’il faut savoir sur le type aux 1000 lapins.

Pour vous simplifier la tâche, j’ai découpé en 3 leçons ; 3 “tableaux”, si l’on préfère 🙂

Tableau n°1 # L’interview Salle 101 de Paul Toupet par la famille Abdaloff

On l’a fait boire et il a tout dit. Just et simply ENJOY !!

Paul Toupet invité de la Salle 101 le 22 janvier 2015

Paul Toupet invité de la Salle 101 le 22 janvier 2015 ~ Photo Mina Murray

Tableau n°2 # Le jeu des 9 questions

Pour mieux comprendre d’où ça vient et où ça va …

1 – Les livres , les films, les histoires qui ont bercé ton enfance ?
Le premier spectacle dont je me souviens c’est “Pitou L’enfant Roi” j’avais tellement aimé que “Pitou” était devenu mon sobriquet. Puis un peu plus tard Akira à changé ma vie ! Aussi bien en BD qu’en film.
Ce qui m’a vraiment marqué entant enfant, ç’a été d’aller au cinéma avec mon père et un de mes frères voir “The Wall” puis “Orange Mécanique”.

Extrait de "Pitou l'Enfant-Roi" de Jean-Pierre Idatte & Michel Trublin

Extrait de “Pitou l’Enfant-Roi” de Jean-Pierre Idatte & Michel Trublin

 2 – Ton rituel création ?
Je travaille toujours assez tôt dans la journée, c’est le moment ou je me sens le plus inspiré.
Après une série de Sculptures il faut obligatoirement que je range mon atelier de fond en comble pour attaquer la série suivante.

3 – Tes journées, ça ressemble à quoi ?
Comme je t’ai dis je travaille dès le matin, mes pauses sont des balades dans mon quartier où j’en profite pour faire les Emmaüs et Guerrisol pour essayer de dénicher des matières premières pour mes sculptures, puis je travaille tant que je n’ai pas de sorties…

4 – Ce que tu as toujours avec toi ?
Un os en métal accroché à mon pantalon fait par l’artiste Benalo.

Photo Mina Murray

Photo Mina Murray

5 – Ce à quoi tu ne penses jamais ?
A ma retraite.

6 – Le monde en 2050 selon toi ?
J’espère seulement qu’il sera toujours vivable pour mes neveux et nièces … (qui sont bien souvent les modèles de ses enfants-lapins, ndlr)

7 – Tes projets de vie pour les 20 minutes, 20 jours, 20 mois , 20 années à venir ; )
# 20 Minutes : terminer le papier mâché que j’ai commencé
# 20 Jours : finir de préparer l’exposition en cours puis retrouver mon pote Artiste Bastien Lecouffe dans l’OHIO
# 20 Mois : Essayer de trouver une nouvelle direction dans mes sculptures
# 20 ans : … là c’est vraiment trop loin !

8 – Ce que tu aimes
Me rendre compte que je suis entouré de gens créatifs.

9 – Ce que tu détestes
Le simple fait que quelqu’un jette un papier par terre …


Tableau n°3 # La théorie de l’anniversaire

Le 10 juin c’est l’anniv’ de Paul. On attend les ballons et le goûter avec les 1000 enfants au fond de La Cave. Parce que vous savez quoi ?? (et vous le savez si vous avez écouté l’émission de la Salle 101 jusqu’au bout) : Les enfants ADORENT les lapins de Paul Toupet ❤ ❤ ❤

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Marius & les Lapins ~ Halle St Pierre 2014 ~ Expo “White Chapel” Paul Toupet + Axel Kriloff ~ Photo Rosa Abdaloff

 

 

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Photo Rosa Abdaloff

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Gloomy Bunny ~ Photo Mina Murray / Paul Toupet

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# Chouettes People # Épisode 3 # La Maison de Mariette

Mariette

Quand tout devient clair derrière mes yeux…


Mariette et sa maison. La Maison de Mariette. Deux en un et l’un ne va pas sans l’autre.
La Maison, c’est un « petit musée consacré aux œuvres de Mariette, artiste dans la mouvance de “l’art singulier” œuvrant dans le domaine des reliquaires, icônes, ex-voto, sur des mises en scène de notre quotidien. »
C’est un bunker énorme en haut d’une colline. Un sanctuaire halluciné et hallucinant.
C’est quelque part en Isère, entre la plaine du Guiers et le massif de la Chartreuse. Au loin on aperçoit les montagnes.
C’est un univers à soi, un monde à part entière, insoupçonnable derrière les hauts murs de sa forteresse et la nature autour.
C’est par hasard que j’y suis entrée, sans connaître et sans me douter. Au vert des arbres, au gris-béton de l’enceinte, au bleu lointain des sommets a succédé le rouge, écarlate, pourpre, sombre et presque noir du dedans. De la Maison de Mariette.
J’’ai posé des questions, parce que curieuse, mais sans être sûre que questionner soit le meilleur moyen de rencontrer Mariette et sa Maison. Au fil de la petite correspondance qui s’est installée entre nous, j’ai découvert une personne incroyablement belle et généreuse, toute en douceur et en spontanéité, emplie de tendresse pour toutes les choses qui l’entourent et d’un amour infini pour ses enfants et sa famille.


Voilà. Je laisse Mariette dire et raconter avec ses mots à elle. A votre tour maintenant de vous aventurer plus loin !

Il était une fois, sous un grand ciel bleu, dans le ventre d’un château gris, 700 poupées en mal d’enfantement …

 

Oiseau

“Un oiseau par jour”

Mariette, qui êtes-vous ?
Je suis née le 14 juillet 1961. Je suis la troisième des cinq filles de Marc et Aimée Pessin. En1978, rencontre avec Bernard Sougey-Lardin. Pour lui chaque semaine je commence des petites boîtes où je raconte ce que je ressens et commence à les accrocher dans ma chambre, demande à mes parents si je peux peindre celle-ci en noir – demande accordée. 1981 : mariage
Mes plus belles créations : Charlotte en 1984, Marion en 1986, Hugo en 1989.

Mariette, que faites-vous ?
J’aime faire !

Vous exposez vos créations dans votre maison, « La maison de Mariette ». Maison-musée, maison-fortifiée, maison de poupées… racontez-nous l’histoire de cette maison.
Petite fille, avec mes quatre sœurs, nous amusions dans cette forêt tout à côté de la galerie de mon père et déjà je disais à mes sœurs que je construirai ici …


Vous arrive t-il de quitter votre maison, de la laisser par exemple pour des vacances ou autres occasions ?

J’ai beaucoup de mal a quitter ma maison. Chaque année nous partons visiter des musées ou des lieux d’artistes ; le jardin des Tarots de Niki de Saint Phalle m’a ainsi particulièrement impressionné. J’aime cette persévérance dans son travail, cette ténacité, un engagement complet dont je me sens très proche.

Maison 2L’aspect fortifié de votre maison : pourquoi ?
C’est mon mari qui a dessiné cette bâtisse bien ancrée sur les hauteurs de Saint-Laurent-du-Pont.
Il n’est pas architecte : pour moi, il a une vision juste de l’architecture. Notre volonté était d’avoir le plus de murs possible, peu de fenêtres pour la partie musée tandis qu’à l’inverse, la partie habitation est baignée de lumière…

Depuis quand créez-vous ?
Au plus loin que je me souvienne j’ai toujours dessiné, fait de la poterie, du papier mâché, des petites boites enfermant mes histoires.

Vous avez de qui tenir, paraît-il. La création, une histoire de famille ?
Mon père, grand artiste, éditeur de livres de bibliophilie, inventeur d’une civilisation, dernier roi des « pessinois », ma grand-mère paternelle artiste peintre, mon grand-père paternel créateur, ma mère qui avait l’œil pour trouver, dans la nature, des morceaux de bois, des pierres ou autres dont je pourrais me servir pour mes objets…

Je vous ai rencontrée via votre exposition « 700 poupées en mal d’enfantement ». Une sacrée claque. D’où est né ce besoin compulsif de créer des poupées ?
J’ai toujours fabriqué des poupées, j’aime le défi. 7oo poupées, et pour chacune d’elles j’ai trouvé une histoire.

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Poupée en mal d’enfantement

Combien de temps passé pour créer ces 700 poupées ?
J’ai débuté en 2005. Achevé le 4 juin 2013

Ces poupées, mi-reliquaire mi-amulettes, mi-poupées mi-momies : qui sont-elles au final ? Et quel « cahier des charges » préside à leur création ?
Certaines sont liés à ce que je vis, il y a toute une série avec un sein cousu, abîmé, en souffrance : elles ont été réalisés quand ma mère a eu un cancer au sein. Cela m’a beaucoup apaisé de les réaliser en pensant à elle, le cœur peut éprouver tant d’émotions ! Cette même année à 47 ans je devenais grand mère avec Eva, première perle de lune, suivra Enzo. Poupées peut être plus douces, naîtront, puis sur ce beau collier une promesse à venir qui n’aboutira pas… enfin Théo est arrivé, et un autre bébé viendra au mois d’août 2015. De voir mes filles enceintes m’inspire. D’autres poupées sont faites en pensant aux personnes qui me sont chères, d’autres que je ne peux expliquer.

C’est ainsi au départ de votre fils Hugo pour l’Afrique du Sud que vous avez entrepris de créer « Un oiseau par jour » : un oiseau par jour pendant dix-huit mois…
Oui un oiseau par jour, j’ai commencé dés son départ le lundi 6 avril
Ne pouvant l’accompagner c’est ma façon de lui dire que je l’aime : acte de psychomagie. Je me dis qu’ils veilleront sur lui…
J’ai commencé ce travail quand il a fait son premier grand voyage, qui a duré six mois. Son départ a été la genèse de mon installation au château Borel à Saint-Egrève (*).
Depuis son départ je récupère le moindre de mes cheveux, les emprisonne dans des seringues en verre et colle de petites étiquettes …

(*) Du 3 au 20 avril 2014, Mariette s’est faite la Gardienne du château Borel à Saint-Egrève, qui accueillait ses dernières créations à l’occasion d’une exposition dénommée « Etrange croisée ». Une exposition conjuguée, le 6 avril, au talent de conteuse et de comédienne de Myriam Pellicane, pour une « Promenade contée autour des œuvres de Mariette ».

Mariette & Myriam Pellicane

Mariette & Myriam Pellicane

Psychomagie ?
J’ai été très impressionnée par les livres d’Alejandro Jodorowsky, surtout La danse de la réalité, d’où mon envie de pratiquer la psychomagie et de m’imposer des petits rituels. Tout le monde se plaît à dire que le quotidien est ennuyeux, qu’il ne faut pas laisser s’installer la routine. Moi au contraire j’aime les rituels, cet eternel recommencement des jours et des nuits et cette belle phrase qui ne me quitte jamais – je ne sais plus de qui – «Nos vies sont rythmés sur la course du soleil ; au moment les plus sombres il y a la promesse de l’aube »…

Vous souvenez-vous de votre première poupée ?
Oui très bien. Elle m’a été achetée et je la garde intacte derrière mes yeux. J’ai du mal à me séparer de ce que je crée.

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Première Poupée

Le matériel utilisé est impressionnant par sa quantité, sa spécificité, sa richesse : le temps passé à la récupération doit-être immense !
Brocantes, puciers, vide-greniers… La base est en fil de fer, le corps en tissus – qu’avec des tissus qui ont une histoire ! – il me serait insupportable de les réaliser dans des éléments que je n’ai pas choisis. Les ventres sont faits avec la matière que je récupère dans le filtre de mon sèche-linge. Certains habits ont été portés par mes petits enfants.

Dans la Maison de Mariette, on trouve également quantité de lettres d’un autre temps, réelles ou fictives, mais toujours comme oubliées, rescapées, re-surgies pour hanter longtemps l’esprit de ceux qui les regardent… quelle est la place de ces lettres dans votre imaginaire ?
Le mail-art fait partie de mon travail, c’est comme un acte de magie : faire une enveloppe peinte pour une personne que j’apprécie, une petite partie de moi que j’envoie. Glisser un courrier et attendre qu’on me réponde. J’ai de nombreux correspondants, certains que je connais d’autre pas et pourtant nous correspondons depuis plus de 10 ans ! La genèse de ma création prend source dans le temps qui passe inexorablement…

Oiseau 2

“Un oiseau par jour”

Finalement, la notion de « temps » est partie intégrante de vos travaux. Un temps qui appelle à la solitude ?
Oui la création pour moi exige le silence, un retour en soi. Mon rituel pour me mettre en “condition” est de faire de petites têtes en céramique. J’en confectionne 100 par jour. J’ai commencé il y très longtemps, et c’est devenu une nécessité quand j’attendais mon premier bébé, Charlotte. Je me suis dit que mon temps de création serait restreint. Chaque jour, pendant une heure, je fais mes 100 petites têtes ce qui me procure une sorte de vide dans la tête pour ne laisser place qu’à l’imaginaire.

« Poupées, Navettes, Jouets, Mail-art » : l’unité parfaite ?
Unité parfaite, parfaite unité.

Chez vous, c’est infiniment beau, infiniment triste, infiniment serein. Beau parce que ça l’est. Triste parce qu’il y a des poupées qui ont mal, et puis des souvenirs de la grande guerre. Serein parce que tout est accueil et convivialité. Ne serait-ce que grâce à vous et votre gentillesse, votre qualité d’écoute. Vous mettez également en place tout un décorum (tentures rouges sang, musique) qui n’est pas fait pour laisser de marbre…
Quels retours avez-vous généralement de la part de vos visiteurs ?
J’ai souvent l’impression que mon grand hymne à la vie – hymne à la mort n’est pas forcément compris. Mon père dans une préface d’un de ce catalogue écrit “ce qu’il pourrait m’arriver de pire est d’être compris”. Personnellement je ne saurais trop dire. Comme c’est moi qui fait visiter mon lieu je prends les remarques directement, et mon travail rend agressif certains visiteurs et je ne suis pas préparée à tout entendre. La première exposition que j’ai faite c’était dans la galerie de mon père ; la veille on regardait si tout était bien, je lui ai dit “Papa c’est embêtant c’est embêtant c’est tellement beau ce que j’ai fait il n’y en aura pas pour tout le monde !”. Le jour du vernissage m’a remis les pieds sur terre…

Ptit Poucet




 

Liens utiles

# La Maison de Mariette : le blog
# La Maison de Mariette : le site
# La Maison de Mariette : le documentaire sur France 3
# La Maison de Mariette : la page FB
# L’annonce de l’exposition au Château Borel, en collaboration avec la conteuse Myriam Pellicane
# A propos de Myriam Pellicane

 


# Programme à venir sur le blog de Rosa

kawaii_cherry_by_atchahLe temps des cerises approchant …

… Et n’ayant rien publié depuis maintenant 4 mois, je vous propose de découvrir en avant-première quelques un des sujets d’articles qui seront postés dans les mois et semaines à venir !

 

#About Art
Où l’on retrouvera une interview de Mariette de “La maison de Mariette”, créatrice compulsive de poupées et des mondes qui vont avec, mais aussi des news de la so hérétique et talentueuse Séverine Métraz.

#About Books
Le plancher de Jeannot, ça vous cause ? A moi oui. Terriblement. Peut-être parce que je viens d’un village attenant au sien. Alors je vous raconterai une histoire à partir des histoires que l’on a dites et écrites sur lui, et de quelques autres encore, si proches…

#About Music
On attend des interview de punks modernes, plus ou moins sombres, plus ou moins punks, et plus ou moins japonais pour certains 😉 A suivre !

#About Life
Et parce qu’au moment où j’écris nous sommes à 10 jours à peine du 1er mai et à un peu plus de 15 jours seulement du festival annuel de la CNT, forcément, il va falloir sévir avec quelques papiers en rouge et noir.

@ très très bientôt ^_^

Rosa A.